« Fatigué de vivre » – Livre de Job, chapitre 3

      Pourriez-vous imaginer un bon repas bien servi, mais dont le tout est couvert par une nappe noire placée au-dessus du repas ? Cette nappe symbolise la perspective du 3e chapitre de Job : la vie commence bien, en étant belle, mais elle est couverte d’une nappe cynique, souffrante et désespérée. Parfois, on dit que la foi chrétienne cultive une attitude naïve et sentimentale face à la vie, parce que les chrétiens refusent de faire face à la laideur et la souffrance de la condition humaine. Certes, il nous arrive de ne pas vouloir vivre ce qui est pénible. Toutefois, ce chapitre 3 de Job est marquée de réalisme. Il est sombre et difficile à lire, car il affronte – honnêtement – le péché, la souffrance et la douleur. On pourrait même intitulé ce chapitre Fatigué de vivre.

J’aborde ce chapitre doucement et, j’espère, avec du respect. Si vous êtes déjà passés par cette expérience d’être fatigué de vivre, vous saurez combien elle est pénible. Si vous y êtes actuellement, vous savez combien vos émotions basculent entre larmes et colère. Alors, en allant doucement, essayons de voir pourquoi on est parfois fatigué de vivre, et comment la grâce de Jésus peut nous faire revivre, librement.

Commençons par ce poème ou lamentation de Job où il se plonge dans les profondeurs du désespoir. On va s’arrêter à deux émotions fortes qu’il vit : (1) je suis fâché ; et (2) je suis épuisé.

 

       (1) D’abord, je suis fâché par l’absurdité de ma vie (v. 1 – 10). Quelques versets parmi les dix premiers seront suffisants pour ressentir un peu la colère de Job. Les versets 1 à 3, où Job maudit à la fois la nuit de sa conception et le jour de sa naissance : « 1 A la fin, Job se décida à parler et maudit le jour de sa naissance. 2 Voici ce qu’il dit : 3 Ah ! que disparaisse le jour de ma naissance
 et la nuit qui a dit : « Un garçon est conçu » !»

       Job se plaint amèrement de vivre. Il regrette sa vie. Pourquoi ? Il ne peut pas concilier, au fond de son cœur, la vie et la souffrance injuste qui cause tant de chagrin. Tout est absurde. Cette absurdité est si obscure que pour lui, mieux de ne jamais naître. Avez-vous déjà vécu de tels sentiments ? Les vivez-vous actuellement ?

Pour le chrétien, ces sentiments nous sont réels et difficiles. On se dit « Si Dieu est si bon et si fort, comment se fait-il que moi, et d’autres, subissent des souffrances injustes ou une maladie incurable » On peu parfois se plaindre que Dieu ne semble pas être bon. Ou bien, qu’il ne soit pas capable, car tout semble absurde. De plus, notre propre frustration ou colère est empirée par d’autres qui disent          « Vous voyez, la souffrance injuste prouve que la vie est absurde et qu’il est illusoire de croire en Jésus-Christ.» Oui, notre souffrance injuste et celle des autres peuvent ébranlées notre foi.

Pour le non-croyant, je crois que ces sentiments sont encore plus déchirants ! Pourquoi ? Parce que s’il n’y a pas de Dieu et si Jésus n’a rien à offrir, alors tout ce qui reste est l’absurdité et la vanité. C’est un monde où, ultimement, il n’y ni injustice ni souffrance, car là où il n’y pas de Dieu, tout n’est que du hasard. Ce qu’on appelle «la souffrance injuste» ne l’est pas. Elle n’est que la banalité normale de la réalité telle quelle.  Fatigué de vivre…c’est difficile parfois pour le chrétien…et beaucoup plus pénible pour ceux qui ne croient pas. Dans les deux cas, que Dieu remplisse notre coeur de sa compassion.

       (2) Je suis épuisé par la douleur de mon corps (v. 11-26). Dans un sens, Job semble changer de ton un peu dans cette partie du poème. Au lieu d’être fâché, il est épuisé. Encore, écoutons quelques versets. Le verset 17: « Dans la tombe, les méchants ne s’agitent plus, et les gens épuisés se reposent enfin. » Le verset 20 : «Pourquoi Dieu fait-il voir le jour aux malheureux, à ceux qui doivent vivre une existence amère ?» Ou bien les versets 25 & 26 : 25 Si j’éprouve une crainte, elle se réalise;
 ce que je redoutais, c’est cela qui m’arrive ! 26 Je ne connais plus ni tranquillité, ni paix,
 ni repos, mais je suis assailli de tourments.»

       Voici un homme épuisé par sa souffrance physique. Il est surtout tourmenté par une crainte profonde, à savoir, que son corps est devenu une prison sans issu. Il craint que ses souffrances et sa douleur ne cessent jamais, qu’il n’ait jamais de paix. Il regarde ceux qui sont morts comme en étant davantage bénis que lui, car ils vivent la paix et le repos qu’il  ne connaît point. Il est angoissé et épuisé par la crainte qu’il vivra toujours le malheur sans jamais expérimenter le bonheur. Si vous avez déjà vécu une maladie grave et chronique, ou si vous faites face à une maladie incurable, ou si vous connaissez des soldats vivant avec des blessures graves permanentes, alors vous comprendrez très bien combien Job se sent épuisé et sans issu. Fatigué de vivre.

Or, si on mettait ensemble ces émotions de colère et d’épuisement, qu’est-ce qu’elles auraient en commun ? Elles sont sans arrêt, sans répit ! Elles grugent, constamment, jusqu’au fond de l’âme. Pour Job, et pour beaucoup aujourd’hui, cette déchirure est pire lorsqu’on essaie de tout comprendre ou d’offrir des «remèdes à rabais»… lorsqu’on essaie d’être plus sage que Dieu. Job, lui, comprend bien qu’il est innocent et qu’il n’y a aucune justification de ses souffrances. Le problème, toutefois, n’est pas là. Il conclue plutôt que tout en étant innocent, Dieu ne veut pas son épanouissement ! Alors, pourquoi vivre ?

Aujourd’hui, en tant que chrétiens, que faire face à notre colère et épuisement ? Que faire lorsque vous êtes complètement dépassés et fatigués de vivre ? Eh bien, le réalisme et la frustration de Job nous amènent – tous les jours – dans les bras de Jésus. Puis-je dire deux choses ici ? (1) Dans les bras de Jésus, vous verrez la vie autrement ; et (2) dans les bras de Jésus vous vivrez la souffrance autrement. Je m’explique.

(1) Dans les bras de Jésus il est possible de voir la vie autrement. Écoutons bien ce qu’en dit l’apôtre Paul aux versets 1 à 4 de 1 Corinthiens 15 :  « 1 Frères, je désire vous rappeler maintenant la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée, que vous avez reçue et à laquelle vous êtes fermement attachés. 2 C’est par elle que vous êtes sauvés, si vous la retenez telle que je vous l’ai annoncée ; autrement, vous auriez cru inutilement. 3 Je vous ai transmis avant tout cet enseignement que j’ai reçu moi-même : le Christ est mort pour nos péchés, comme l’avaient annoncé les Écritures ; 4 il a été mis au tombeau et il est revenu à la vie le troisième jour, comme l’avaient annoncé les Écritures.»

Lorsqu’on regarde Jésus et tout ce qu’il a fait ( et fait!) pour nous, il nous amène tranquillement à voir la vie autrement. Pour Job, lui, son but ultime était d’être en paix, d’être épanoui. Encore aujourd’hui, beaucoup croient que la chose la plus importante dans la vie, c’est pouvoir s’épanouir. La vie vaut la peine seulement si nos rêves se réalisent. Maintenant, relisons les versets 3 & 4 : « 3 Je vous ai transmis avant tout cet enseignement que j’ai reçu moi-même : le Christ est mort pour nos péchés, comme l’avaient annoncé les Écritures ; 4 il a été mis au tombeau et il est revenu à la vie le troisième jour, comme l’avaient annoncé les Écritures.»

       L’apôtre Paul dit que le but ultime de la vie – avant tout – c’est d’être unis à Jésus-Christ dans sa mort et sa résurrection. Puis-je le dire autrement ? Le but ultime de la vie, c’est d’être en communion avec Jésus dans son pardon et sa vie. Le but ultime de notre vie est plus que notre épanouissement personnel. C’est d’être dans les bras de Dieu lui-même. Il y a longtemps, l’auteur britannique C.S. Lewis explique cette différence par une illustration. Lewis dit qu’on peut chercher à vivre dans la lumière et la chaleur venant du soleil. Vivre sous le soleil, c’est chercher le bonheur en essayant d’expérimenter toutes les bonnes choses de la vie. Mais, dit Lewis, la vraie vie, c’est de connaître Celui qui a créé le soleil et tous ses bienfaits. Le soleil peut certes nous faire du bien, mais le Créateur du soleil pourra nous faire beaucoup plus de bien !

Le but ultime de votre vie, c’est d’être dans les bras du Créateur, qui est aussi notre Rédempteur. Certes, notre vie actuelle est importante, mais le meilleur reste à venir. Le plus important, c’est la vie à venir lorsque vous serez avec Jésus, face à face, dans un nouveau corps ressuscité. Comment pouvons-nous nous aider à vivre ainsi ? Eh bien, dans l’Église, il me semble qu’il nous serait sage de prendre du temps, régulièrement, pour nous préparer à mourir. Par exemple, dans nos prières, nous pouvons demander à Dieu de cultiver en nous un désir croissant d’être dans ses bras, face à face. Ou bien, nous pourrions prier Dieu de nous aider à relâcher notre prise parfois exagérée sur la vie actuelle, afin de souhaiter beaucoup plus celle de notre résurrection à venir. Bref, les soins pastoraux que nous pouvons offrir les uns aux autres comprendront cet encouragement  à rechercher la meilleure vie à venir.

(2) Dans les bras de Jésus il est possible de vivre la souffrance autrement. Écoutons un autre texte de l’apôtre Paul, dans 2 Corinthiens 1, les versets 3 à 5 : «3 Louons Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père riche en bonté, le Dieu qui accorde le réconfort en toute occasion ! 4 Il nous réconforte dans toutes nos détresses, afin que nous puissions réconforter ceux qui passent par toutes sortes de détresses en leur apportant le réconfort que nous avons nous-mêmes reçu de lui. 5 De même en effet que nous avons abondamment part aux souffrances du Christ, de même nous recevons aussi un grand réconfort par le Christ.»

On dit parfois que ceux qui cherchent ardemment la vie à venir ne s’engagent plus à la vie actuelle. Cela peut arriver, mais généralement, c’est le contraire qui se produit !

Par exemple, si vous désirez être dans les bras de Jésus, c’est parce que vous savez qu’Il vous aime. Parfois, on ne ressent pas son amour, mais nos émotions ne sont pas le garant de l’intensité de son amour. Il nous aime même lorsque nous ne ressentons pas son amour. Or, voici comment cette vérité  peut changer notre attitude: notre souffrance devient de moins en moins une fin en soi. On commence à comprendre que Dieu pourrait même nous libérer de notre préoccupation de notre situation, afin d’aller vers les autres pour les servir, les soigner et les réconforter.

Toutefois, ceci est souvent plus facile à dire qu’à faire ! C’est parfois même une lutte à mener quotidiennement dans la prière, seul et avec d’autres. « Père, aide-moi à ne pas m’apitoyer sur mon sort, mais à mettre mon sort entre tes mains. Père, aide-moi à chercher d’abord ta présence et ton règne, même lorsque mon corps est malade et épuisé. Père, aide-nous à nous encourager les uns les autres, surtout pour expérimenter ton réconfort au-delà de notre souffrance, et pour le partager avec d’autres.»

Il  y a quelques années j’écoutais une émission radiophonique où les participants débattaient le droit de mettre fin à ses jours lorsque la vie n’est plus épanouissante. Tout le monde parlait favorablement de pouvoir mettre fin à ses jours. Sauf une dame ! Elle dit: « Je ne comprends pas pourquoi les Québécois sont plus préoccupés par la mort que par la vie !»

Je comprends cette dame, car il y a un profond paradoxe dans la vie. Le voici: plus on s’attache à l’épanouissement de la vie actuelle, plus on sera préoccupé par la mort lorsque ce bonheur n’y est plus; par contre, plus on s’attache à vivre face à face avec Dieu dans la vie à venir, plus on sera préoccupé par la vie actuelle même dans nos souffrances.

Job nous rappelle pourquoi ceci est vrai: si notre but ultime de la vie est notre épanouissement personnel, alors, tôt ou tard, on est fatigué de vivre. Jésus, par contre, vous porte dans ses bras et vous réconforte, surtout lorsque vous êtes fatigués de vivre. Il est ressuscité. Il est l’auteur de la vie. Il est rédempteur de la vie. Voilà pourquoi lorsqu’on enlève cette nappe noire, on découvre son repas, savoureux et invitant, car il veut nous nourrir à tout jamais ! Et nous sommes plus épanouis que nous ne pourrions jamais espérer ! En étant unis à lui, au lieu d’être fatigué de vivre, nous sommes libres de vivre.

  • J.G. Zoellner

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